Positions des candidats
Les candidats et l’Europe : qui veut sortir de l’UE ?
Ce que proposent les onze candidats sur la sortie de l’Union européenne, la primauté du droit français, le droit de veto, Schengen et l’adhésion de l’Ukraine, avec leurs sources et le calcul de qui est proche de qui.
Par Fadrique Garcia Font. Publié le 20/10/2026.
Qui veut sortir de l’Union européenne ? Parmi les onze candidats du test, un seul : Nicolas Dupont-Aignan. Les dix autres veulent que la France reste dans l’Union, mais ils ne veulent pas la même Europe. Certains veulent que le droit français l’emporte sur le droit européen et garder le droit de veto de chaque pays ; d’autres veulent au contraire décider davantage à la majorité et aller vers une Europe fédérale.
Quelques repères. La France est un membre fondateur de la construction européenne. Selon l’article 55 de la Constitution, les traités régulièrement ratifiés, et donc le droit européen, ont une autorité supérieure à celle des lois françaises (Constitution). Dans plusieurs domaines, comme la politique étrangère ou la fiscalité, les décisions européennes se prennent à l’unanimité : chaque État peut les bloquer. Enfin, un pays peut quitter l’Union en suivant la procédure de l’article 50 du traité sur l’Union européenne.
Le test pose ces questions dans le thème « Europe ». Trois affirmations font partie du test principal ; deux autres, sur Schengen et l’adhésion de l’Ukraine, ne sont posées qu’en cas de départage, quand le résultat est serré. Voici les positions des onze candidats, chacune fondée sur un programme, une déclaration ou un vote. Un astérisque (*) signale une position estimée : le candidat ne s’est pas prononcé directement, et sa position est déduite de ce qu’il a dit par ailleurs. Sur ce thème, 4 des 55 positions sont estimées, dont une seule dans le test principal (celle d’Édouard Philippe sur le droit de veto).
Les positions des candidats
| Candidat | Sortir de l’UE | Primauté du droit français | Plus de majorité, sans veto |
|---|---|---|---|
| Gabriel Attal | pas du tout d’accord | pas d’accord | d’accord |
| Nicolas Dupont-Aignan | tout à fait d’accord | tout à fait d’accord | pas du tout d’accord |
| Raphaël Glucksmann | pas du tout d’accord | pas d’accord | tout à fait d’accord |
| Marine Le Pen | pas d’accord | tout à fait d’accord | pas du tout d’accord |
| David Lisnard | pas du tout d’accord | d’accord | pas d’accord |
| Jean-Luc Mélenchon | pas d’accord | d’accord | pas d’accord |
| Édouard Philippe | pas du tout d’accord | pas d’accord | neutre* |
| Bruno Retailleau | pas du tout d’accord | neutre | pas d’accord |
| Fabien Roussel | pas d’accord | d’accord | pas d’accord |
| Marine Tondelier | pas du tout d’accord | pas d’accord | tout à fait d’accord |
| Éric Zemmour | pas d’accord | tout à fait d’accord | pas du tout d’accord |
Les deux affirmations de départage sont traitées plus bas.
Sortir de l’Union européenne
« La France doit sortir de l’Union européenne. » C’est l’affirmation du test principal sur laquelle les candidats sont le plus d’accord : dix sont contre, un seul est pour. Toutes les positions ont une source.
Nicolas Dupont-Aignan est tout à fait d’accord. En septembre 2026, il a fait de la sortie de l’Union européenne le premier axe de sa candidature (discours de rentrée « Libérons la France ! ») ; son parti prévoit de soumettre cette sortie à référendum et de remplacer l’Union par des coopérations entre États, à la carte (projet de Debout la France « Affaires européennes »).
Quatre candidats ne sont « pas d’accord », sans être au bout de l’échelle : ils restent dans l’Union, mais veulent en changer les règles.
- Marine Le Pen : selon LCP, elle ne remet plus en cause l’appartenance de la France à l’Union ni à l’euro ; son parti veut transformer l’Union en « Alliance européenne des nations » (LCP, 12 septembre 2026).
- Éric Zemmour : son programme de 2022 veut défendre les intérêts de la France « au sein de l’Union européenne » et bâtir une « Europe des Nations » (p. 13).
- Jean-Luc Mélenchon : son programme ne propose pas de quitter l’Union ; il veut négocier un changement des traités et, en attendant, désobéir « aux règles bloquantes » (L’Avenir en commun, chap. 17).
- Fabien Roussel : le texte d’orientation de son parti de 2026 propose la « remise en cause des traités européens » pour une Europe de nations souveraines, et renvoie sa position sur l’Union à un débat d’ici 2028 (p. 8).
Les six autres sont tout à fait contre. Gabriel Attal qualifie le Frexit de « vieux cauchemar » (discours de Reims, 17 septembre 2026, p. 10). Raphaël Glucksmann veut faire de la France « la locomotive de la puissance européenne » (lettre aux Français, août 2026). Édouard Philippe veut « une France au cœur de l’Europe. Pas à côté. Pas loin » (Reims, 10 mai 2026). David Lisnard a déclaré : « Nous n’avons pas vocation à sortir de l’Europe » (discours de Bayeux, p. 10). Bruno Retailleau rejette même un « Frexit juridique » et veut une France « loyale et fiable » envers l’Union (Le Figaro, 2 septembre 2026). Le programme des Écologistes de Marine Tondelier affirme que « jamais nous n’avons eu autant besoin d’Europe » (p. 189).
Le droit français au-dessus du droit européen ?
« Le droit français doit primer sur le droit européen. » Ici, le paysage change : six candidats sont pour, un est neutre et quatre contre. Toutes les positions ont une source.
- Nicolas Dupont-Aignan : le projet de son parti propose de « rétablir par référendum dans la Constitution la primauté du droit français sur toute norme européenne » (projet « Justice »).
- Marine Le Pen : le programme européen du RN de 2024 propose de réaffirmer la supériorité de la Constitution française sur les normes et les juridictions européennes (p. 7).
- Éric Zemmour : son programme de 2022 propose de modifier l’article 55 de la Constitution pour que les nouvelles lois nationales priment sur les traités et le droit européen antérieurs (p. 14).
- David Lisnard veut inscrire dans la Constitution la primauté du droit national en matière migratoire et réviser l’article 55, tout en admettant qu’on ne s’affranchit pas du droit de l’Union « d’un trait de plume » (programme de Nouvelle Énergie).
- Jean-Luc Mélenchon : son programme veut « réaffirmer la supériorité des principes fondamentaux inscrits dans la Constitution de la 6e République sur le droit européen » (chap. 17).
- Fabien Roussel : le texte de son parti affirme que « les droits souverains des peuples européens doivent s’imposer aux décisions austéritaires et bellicistes » de l’Union et propose de ne pas appliquer les directives sur l’énergie (p. 8).
Bruno Retailleau est neutre : il veut le droit de l’Union « au-dessus des lois », sinon « c’est un Frexit juridique », « mais en dessous de notre Constitution », et revenir par une loi organique sur certaines décisions des juges européens (Le Figaro).
Les quatre candidats contre veulent au contraire plus d’intégration. Gabriel Attal propose des « États-Unis d’Europe », les compétences régaliennes restant nationales (discours de Reims). Le programme de Place publique de Raphaël Glucksmann défend une « Europe fédérale » avec un nouveau traité (p. 12), et celui des Écologistes de Marine Tondelier un « saut fédéral européen » (p. 190). Édouard Philippe veut une « souveraineté européenne intégrale », sans sortir des traités, tout en voulant une France « libre de faire cavalier seul, quand il le faut » (discours de l’Adidas Arena).
Cette affirmation réunit donc du même côté des candidats que tout sépare ailleurs : Jean-Luc Mélenchon et Fabien Roussel sont d’accord avec Marine Le Pen et Éric Zemmour pour que des règles nationales l’emportent sur le droit européen, même si ce ne sont pas les mêmes règles qu’ils veulent protéger.
Décider à la majorité, sans droit de veto
« L’Union européenne doit décider davantage à la majorité, sans droit de veto pour chaque pays. » Trois candidats sont pour, un est neutre et sept contre.
- Raphaël Glucksmann : le programme de son parti propose le passage à la majorité qualifiée au Conseil européen (p. 12) ; son programme européen de 2024 défendait déjà « la fin de l’unanimité ».
- Marine Tondelier : le programme des Écologistes veut « remplacer les droits de veto nationaux par une majorité qualifiée », y compris en matière fiscale et de politique étrangère (p. 190).
- Gabriel Attal veut briser le « dogme de l’unanimité » et avancer en coalitions de pays volontaires (tribune au Figaro, juin 2026).
La position neutre d’Édouard Philippe est estimée : il appelle à une « souveraineté européenne intégrale » en défense, en énergie ou dans l’intelligence artificielle, mais ne s’est pas prononcé sur le veto.
Contre, trois candidats sont au bout de l’échelle. Le programme européen du RN de 2024 de Marine Le Pen veut garantir le droit de veto des États et l’élargir à la politique commerciale (p. 7) ; celui de Reconquête, le parti d’Éric Zemmour, rejette la fin de l’unanimité, qui mènerait selon lui à un « super-État fédéral » (p. 8) ; Nicolas Dupont-Aignan veut quitter l’Union et, en attendant, rétablir le veto de la France sur tout accord commercial (projet « Affaires européennes »).
Quatre autres ne sont pas d’accord. Jean-Luc Mélenchon prévoit d’« utiliser le droit de veto de la France » ; en 2024, son mouvement voulait garder l’unanimité en politique étrangère et de défense, mais la supprimer en matière fiscale (programme européen de LFI, p. 95). Le texte du parti de Fabien Roussel dénonce « l’élargissement des compétences de la Commission » (p. 8). Bruno Retailleau se dit « pas du tout fédéraliste » (JDD, août 2026) et David Lisnard juge que « la souveraineté européenne est un oxymore » (discours de Bayeux, p. 11) ; ni l’un ni l’autre ne parle expressément du veto.
Schengen et l’adhésion de l’Ukraine (départage)
« La libre circulation dans l’espace Schengen doit être réservée aux citoyens européens. » Quatre candidats sont pour. Marine Le Pen (programme du RN de 2024, p. 6), Bruno Retailleau, qui veut une libre circulation « pour les Européens, mais pas pour les extra-Européens » (JDD), et Éric Zemmour (programme européen de Reconquête, p. 6) sont tout à fait d’accord ; Nicolas Dupont-Aignan est d’accord, et va plus loin : son parti veut sortir de Schengen et rétablir les frontières nationales. La position neutre de David Lisnard est estimée. Contre : Gabriel Attal et Édouard Philippe veulent renforcer la coordination dans Schengen contre les régularisations massives décidées par un seul État, Jean-Luc Mélenchon et Fabien Roussel défendent la liberté de circulation, et Marine Tondelier est tout à fait contre ; la position de Raphaël Glucksmann est estimée.
« L’Union européenne doit être élargie à l’Ukraine. » Quatre candidats sont pour : Raphaël Glucksmann et Marine Tondelier (tout à fait), Gabriel Attal et Édouard Philippe : en mars 2025, Gabriel Attal et le groupe Horizons d’Édouard Philippe ont voté à l’Assemblée une résolution invitant l’Union à faciliter l’adhésion de l’Ukraine (scrutin n° 988, Datan). Six sont contre. Nicolas Dupont-Aignan juge que cette adhésion « serait une faute historique majeure » (JDNews, juin 2026) ; les programmes de Marine Le Pen et d’Éric Zemmour refusent l’élargissement ; le mouvement de Jean-Luc Mélenchon le refuse tant qu’une harmonisation écologique, sociale et fiscale n’a pas été menée ; Bruno Retailleau jugeait au Sénat, en mars 2024, que cette adhésion « n’est pas à l’ordre du jour » sans réforme des institutions européennes, et que « nos agriculteurs ne doivent pas payer le prix de cette guerre » (compte rendu du Sénat, 13 mars 2024). Fabien Roussel a répondu en février 2024 à la demande de l’Ukraine d’entrer dans l’Union et dans l’Otan : « Ce n’est pas possible » ; il plaide pour sa neutralité (Europe 1, 21 février 2024). La position neutre de David Lisnard est estimée.
Quatre façons de voir l’Europe
Les trois affirmations du test principal dessinent quatre groupes.
- Sortir : Nicolas Dupont-Aignan est le seul à vouloir quitter l’Union, et le seul à être au bout de l’échelle sur les trois affirmations.
- Une Europe des nations : Marine Le Pen et Éric Zemmour ont exactement les mêmes positions (rester, mais avec la primauté du droit français et le veto de chaque pays). Bruno Retailleau et David Lisnard sont proches d’eux sur le veto, mais plus nets sur le maintien dans l’Union et plus nuancés sur la primauté du droit français.
- Changer les traités : Jean-Luc Mélenchon et Fabien Roussel ont aussi les mêmes positions : ni sortie ni Europe fédérale, la primauté de règles nationales et le veto.
- Plus d’intégration : Raphaël Glucksmann et Marine Tondelier (mêmes positions, pour une Europe fédérale), Gabriel Attal et Édouard Philippe sont contre la sortie et contre la primauté du droit français, et pour décider davantage à la majorité ou neutres sur ce point.
Ce qui sépare les groupes : la sortie sépare Nicolas Dupont-Aignan de tous les autres ; la primauté du droit français et le veto séparent les deux groupes du milieu du dernier ; et sur Schengen et l’Ukraine, Jean-Luc Mélenchon et Fabien Roussel se retrouvent avec le dernier groupe pour la libre circulation, mais avec les candidats de l’« Europe des nations » contre l’élargissement.
Qui est proche de qui sur l’Europe
Pour comparer les candidats deux à deux, nous avons additionné les écarts entre leurs positions sur les trois affirmations du test principal (notre calcul). Zéro voudrait dire des positions identiques ; le maximum est 12. Voici quelques paires, des plus proches aux plus éloignées.
| Candidats | Écart total (sur 12) | Même position | Écart de 3 points ou plus |
|---|---|---|---|
| Marine Le Pen et Éric Zemmour | 0 | 3 | 0 |
| Jean-Luc Mélenchon et Fabien Roussel | 0 | 3 | 0 |
| Raphaël Glucksmann et Marine Tondelier | 0 | 3 | 0 |
| Gabriel Attal et Raphaël Glucksmann | 1 | 2 | 0 |
| Gabriel Attal et Édouard Philippe | 1 | 2 | 0 |
| David Lisnard et Bruno Retailleau | 1 | 2 | 0 |
| Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon | 2 | 1 | 0 |
| Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan | 3 | 2 | 1 |
| Jean-Luc Mélenchon et Raphaël Glucksmann | 6 | 0 | 1 |
| Marine Le Pen et Gabriel Attal | 7 | 0 | 2 |
| Nicolas Dupont-Aignan et Raphaël Glucksmann | 11 | 0 | 3 |
Sur l’Europe, Marine Le Pen est plus proche de Jean-Luc Mélenchon (2) que de Nicolas Dupont-Aignan (3), dont la sépare la sortie de l’Union. Jean-Luc Mélenchon et Raphaël Glucksmann, proches sur la boussole politique, s’opposent nettement sur le veto (« pas d’accord » contre « tout à fait d’accord ») et sur la primauté du droit français. Les plus éloignés sont Nicolas Dupont-Aignan et les deux candidats les plus favorables à l’intégration, Raphaël Glucksmann et Marine Tondelier (11 sur 12). La paire Attal-Philippe repose sur une position estimée, celle d’Édouard Philippe sur le veto.
Le thème « Europe » ne compte pas pour la boussole politique, qui ne retient que les thèmes économiques et sociaux. Il compte en revanche, comme les autres, dans votre affinité avec chaque candidat : c’est l’une des raisons pour lesquelles deux candidats voisins sur la boussole peuvent être loin l’un de l’autre dans votre résultat.
Pour aller plus loin
- Toutes les affirmations du thème, avec leurs sources : « Europe ».
- Les positions des candidats sur toutes les affirmations du test : comparatif des candidats.
- Comparer deux candidats, par exemple Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan, Jean-Luc Mélenchon et Raphaël Glucksmann, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon ou Marine Le Pen et Gabriel Attal.
- Sur l’Ukraine et la défense européenne : « Les candidats, l’Ukraine et la défense ».
- Qui sont les candidats : « Les candidats à la présidentielle 2027 en bref ».
- Pages des candidats : Gabriel Attal, Nicolas Dupont-Aignan, Raphaël Glucksmann, Marine Le Pen, David Lisnard, Jean-Luc Mélenchon, Édouard Philippe, Bruno Retailleau, Fabien Roussel, Marine Tondelier, Éric Zemmour.
- Savoir de quel candidat vous êtes le plus proche sur tous les thèmes : faites le test.
Sources
- Conseil constitutionnel : texte intégral de la Constitution du 4 octobre 1958 en vigueur — Article 55 : les traités régulièrement ratifiés ont une autorité supérieure à celle des lois ; titre XV sur l’Union européenne
- Thème « Europe » — Toutes les affirmations du thème et les positions des onze candidats, avec leurs sources
- Comparatif des candidats — Les positions de tous les candidats sur toutes les affirmations du test, dans un seul tableau
Cette analyse est purement informative et ne constitue pas une consigne de vote. Notre méthode.
Voir aussi
Plus d’analyses
- Les partis politiques français expliqués, de gauche à droite LFI, PS, Les Écologistes, Renaissance, LR, RN… Origine, dirigeants, députés et alliances des partis de la présidentielle 2027, rangés selon notre boussole.
- Les candidats, l’Ukraine et la défense : OTAN, dissuasion Aide à l’Ukraine, OTAN, dissuasion, budget des armées : les positions des onze candidats sur la défense, avec leurs sources, et qui est proche de qui.
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