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Positions des candidats

Les candidats et les retraites : âge légal et capitalisation

Ce que proposent les onze candidats sur l’âge de départ après la réforme de 2023 et sa suspension, sur la capitalisation et sur l’indexation des pensions, avec leurs sources et le calcul de qui est proche de qui.

Par Fadrique Garcia Font. Publié le 19/10/2026.

Les retraites seront l’un des grands sujets de la présidentielle. Le système français repose surtout sur la répartition : les cotisations des actifs paient les pensions des retraités du moment. Les dépenses de retraite ont atteint 370 milliards d’euros en 2023, soit 13,1 % du PIB, selon la Drees (LCP).

La réforme de 2023 a reporté l’âge légal de départ de 62 à 64 ans, à raison d’un trimestre par génération, et allongé la durée de cotisation nécessaire pour une retraite à taux plein. La loi de financement de la sécurité sociale pour 2026, du 30 décembre 2025, a suspendu ce relèvement jusqu’en 2028 pour les retraites prenant effet à partir du 1er septembre 2026. Les personnes nées en 1964 peuvent ainsi partir à 62 ans et 9 mois, avec 170 trimestres de cotisation, au lieu de 63 ans et 171 trimestres ; l’âge de 64 ans ne concernera plus que les personnes nées à partir de 1969 (Service-Public.fr). La suite reviendra au prochain président et au Parlement.

Le test pose ces questions dans le thème « Retraites ». Quatre affirmations font partie du test principal ; deux autres ne sont posées qu’en cas de départage, quand le résultat est serré. Voici les positions des onze candidats, chacune fondée sur un programme, une déclaration ou un vote. Un astérisque (*) signale une position estimée : le candidat ne s’est pas prononcé directement, et sa position est déduite de ce qu’il a dit par ailleurs. Sur ce thème, 7 des 66 positions sont estimées, toutes du côté de Raphaël Glucksmann, de Jean-Luc Mélenchon, de Fabien Roussel et d’Éric Zemmour.

Les positions des candidats

Candidat Âge légal à 62 ans ou moins Âge légal à 65 ans Une part de capitalisation Toutes les pensions indexées sur l’inflation
Gabriel Attal pas du tout d’accord pas d’accord tout à fait d’accord pas d’accord
Nicolas Dupont-Aignan d’accord pas du tout d’accord d’accord tout à fait d’accord
Raphaël Glucksmann d’accord pas du tout d’accord pas d’accord* d’accord*
Marine Le Pen tout à fait d’accord pas du tout d’accord d’accord d’accord
David Lisnard pas du tout d’accord d’accord tout à fait d’accord pas d’accord
Jean-Luc Mélenchon tout à fait d’accord pas du tout d’accord pas d’accord* tout à fait d’accord
Édouard Philippe pas du tout d’accord tout à fait d’accord tout à fait d’accord pas d’accord
Bruno Retailleau pas du tout d’accord d’accord tout à fait d’accord neutre
Fabien Roussel tout à fait d’accord pas du tout d’accord pas d’accord* d’accord
Marine Tondelier tout à fait d’accord pas du tout d’accord pas du tout d’accord pas d’accord
Éric Zemmour pas du tout d’accord d’accord tout à fait d’accord neutre*

Les deux affirmations de départage, sur la suppression de l’âge légal et la sortie de la répartition, sont traitées plus bas.

Revenir à 62 ans ou moins

« Il faut revenir à un âge légal de départ à la retraite de 62 ans ou moins. » C’est l’une des affirmations qui divisent le plus le test : six candidats sont pour, cinq contre, et neuf sont à un bout de l’échelle ou à l’autre. Toutes les positions ont une source.

  • Jean-Luc Mélenchon veut abroger la réforme des 64 ans, « premier pas vers le retour à la retraite à 60 ans avec 40 annuités, objectif sur un mandat » (plan d’octobre 2026, p. 11).
  • Fabien Roussel : le texte d’orientation du PCF de 2026 défend une retraite « dès 60 ans à taux plein » (p. 15) ; son programme de 2022 prévoyait déjà qu’« une loi rétablira la retraite à 60 ans ».
  • Marine Tondelier : le programme des Écologistes veut abroger les 64 ans « pour revenir immédiatement à un âge minimum à 62 ans et viser une retraite à 60 ans » (p. 116).
  • Marine Le Pen a défendu en septembre 2026 le retour à un âge légal de 62 ans, voire 60 ans pour ceux qui ont commencé à travailler avant 20 ans, avec selon les cas 40 à 42 années de cotisation (LCP).
  • Nicolas Dupont-Aignan est d’accord : député en 2023, il a déposé un amendement pour ne pas relever l’âge de 62 à 64 ans (amendement n° 17412), et le projet de son parti refuse tout recul de l’âge de départ.
  • Raphaël Glucksmann est d’accord : le projet de Place publique abroge la réforme de 2023, puis prévoit une réforme où certains pourraient partir à 60 ans et d’autres travailler davantage, sans fixer un âge unique (p. 43).

Les cinq autres sont tout à fait contre. Édouard Philippe veut porter l’âge à 65 ans et David Lisnard juge l’âge de 65 ans « impératif national urgent » (voir ci-dessous). Bruno Retailleau défend un âge légal « après 64 ans », lié à l’espérance de vie en bonne santé (LCP). Éric Zemmour s’est prononcé en septembre 2026 pour un départ à « 64 voire 65 ans », en désaccord affiché avec Marine Le Pen (BFMTV). Gabriel Attal était opposé à la suspension de la réforme de 2023 et veut qu’elle reprenne son calendrier (débat du Medef, août 2026).

Aller à 65 ans, ou supprimer l’âge légal

« L’âge légal de départ à la retraite doit passer à 65 ans. » Quatre candidats sont pour, sept contre.

  • Édouard Philippe est tout à fait d’accord : il propose de porter progressivement l’âge de départ à 65 ans et la durée de cotisation à 45 ans en moins de dix ans, avec des départs anticipés pour raisons de santé, de handicap et de carrière longue (priorités « Pour une France plus prospère »).
  • David Lisnard : son programme juge l’âge légal de 65 ans « impératif national urgent », même si son mouvement dit en 2026 ne pas faire de l’âge sa réponse principale et privilégier la capitalisation (programme de Nouvelle Énergie).
  • Bruno Retailleau : son plan d’octobre 2026 prévoit une décote en cas de départ entre 63 et 65 ans (Public Sénat, 12 octobre 2026).
  • Éric Zemmour a évoqué « 64 voire 65 ans » ; son programme de 2022 fixait l’âge légal à 64 ans à l’horizon 2030.

Les sept autres sont contre, six d’entre eux pas du tout d’accord. Gabriel Attal n’est pas d’accord pour une autre raison : il refuse de continuer à repousser l’âge légal parce qu’il veut le supprimer.

C’est l’objet de la première affirmation de départage : « Il faut supprimer l’âge légal de départ et ne tenir compte que de la durée de cotisation. » Gabriel Attal est le seul à être tout à fait d’accord : il propose de supprimer l’âge légal et de ne garder que la durée de cotisation (RTL, juin 2026), fixée par les partenaires sociaux (franceinfo, septembre 2026). « Vous partez très tôt, vous avez très peu. Vous partez plus tard, vous avez plus », a-t-il résumé sur BFMTV (LCP). Raphaël Glucksmann est neutre : le projet de son parti veut cesser de se focaliser « sur le seul âge légal », sans proposer de le supprimer. David Lisnard n’est pas d’accord, et les huit autres candidats pas du tout : tous gardent un âge de référence, qu’ils veulent à 60, 62, 64 ou 65 ans.

La capitalisation

« Une partie des retraites doit être financée par l’épargne placée (capitalisation). » Sept candidats sont pour, quatre contre.

  • Gabriel Attal veut un « véritable pilier de capitalisation » et y orienter une partie de l’épargne salariale (débat du Medef, août 2026).
  • Édouard Philippe veut généraliser à tous les salariés une retraite par capitalisation collective et ouvrir à chacun un plan d’épargne retraite abondé de 500 euros par l’État dès le premier emploi (priorités « Pour une France plus prospère »).
  • David Lisnard garde un socle minimal par répartition et fait évoluer tous les autres régimes vers la capitalisation, jusqu’à environ 40 % du montant total des retraites (programme de Nouvelle Énergie).
  • Bruno Retailleau introduit une part de capitalisation dans son plan de 2026 (Public Sénat), et son parti propose un compte d’épargne retraite pour chaque actif.
  • Éric Zemmour juge que « le système par répartition est mort et condamné » et veut introduire progressivement la capitalisation, une transition qui prendra « très longtemps » (BFMTV).
  • Marine Le Pen a annoncé en octobre 2026 un « pilier de capitalisation », sans avoir encore présenté sa réforme (Public Sénat, 6 octobre 2026).
  • Nicolas Dupont-Aignan propose de verser 10 000 euros à chaque naissance dans un fonds souverain, pour garantir un minimum de retraite par capitalisation à 60 ans, en complément de la répartition (discours de rentrée, septembre 2026).

Contre, Marine Tondelier est la seule à avoir une position documentée : le programme des Écologistes entend « refuser toute forme d’évolution vers une retraite par capitalisation » (p. 117). Les positions de Raphaël Glucksmann, Jean-Luc Mélenchon et Fabien Roussel sont estimées : leurs programmes financent les retraites par la répartition et par davantage de cotisations, sans parler de capitalisation.

La seconde affirmation de départage va plus loin : « Il faut sortir progressivement du système de retraite par répartition pour passer à la capitalisation. » Ici, les sept candidats favorables à une part de capitalisation se séparent. Seul Éric Zemmour est tout à fait d’accord, et David Lisnard d’accord. Les autres sont contre : Gabriel Attal, Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan veulent la capitalisation en complément de la répartition, et non à sa place ; Édouard Philippe affirme que sa réforme « préservera notre système » (edouardphilippe.fr, 29 septembre 2026) ; le parti de Bruno Retailleau propose un étage d’épargne qui complète la répartition « sans s’y substituer » (livret « Produire plus », p. 36). Raphaël Glucksmann (le projet de son parti qualifie la répartition de « trésor national ») et Marine Tondelier sont aussi contre ; les positions de Jean-Luc Mélenchon et de Fabien Roussel sont estimées.

L’indexation des pensions

« Toutes les pensions doivent augmenter au moins au rythme de l’inflation. » Les pensions de base sont en principe revalorisées chaque année selon l’inflation, mais un gel ou une hausse moindre est régulièrement proposé pour réduire le déficit. Cinq candidats sont pour, quatre contre et deux neutres.

  • Jean-Luc Mélenchon prévoit d’indexer sur l’inflation « toutes les pensions, allocations familiales et APL » et refuse leur désindexation (plan d’octobre 2026, p. 8).
  • Nicolas Dupont-Aignan défend le maintien de l’indexation, et le projet de son parti propose d’« indexer les retraites à minima sur l’inflation » (discours de rentrée, septembre 2026).
  • Marine Le Pen : son programme de 2022 prévoyait de réindexer les retraites sur l’inflation et le contre-budget du groupe RN de 2025 le reprend (p. 7) ; son plan d’octobre 2026 prévoit toutefois des économies sur les retraites qu’elle n’a pas encore détaillées.
  • Fabien Roussel : en octobre 2026, son parti a proposé d’« augmenter les salaires, les pensions et les minima sociaux » (pcf.fr).
  • La position de Raphaël Glucksmann (d’accord) est estimée : le projet de son parti veut « garantir des pensions décentes », sans parler d’indexation.

Contre, Gabriel Attal propose dès le budget 2028 une « année blanche » qui gèlerait temporairement les prestations sociales, en protégeant les petites retraites (Le Parisien, juillet 2026). David Lisnard propose de désindexer les pensions supérieures à 2 000 euros par mois (Nouvelle Énergie). Édouard Philippe exclut une « baisse générale des pensions » mais prévient que les retraités devront « contribuer davantage » (discours de l’Adidas Arena, juillet 2026). Marine Tondelier est aussi contre, pour une autre raison : le programme des Écologistes veut indexer les pensions « de manière juste et différenciée » et « sous-indexer les plus hautes retraites » (p. 67). Bruno Retailleau est neutre : en 2025, il a qualifié de « double peine » le gel des retraites prévu par le gouvernement Bayrou, mais son plan de 2026 ne promet pas l’indexation (republicains.fr). La position neutre d’Éric Zemmour est estimée.

Qui est proche de qui sur les retraites

Pour comparer les candidats deux à deux, nous avons additionné les écarts entre leurs positions sur les quatre affirmations du test principal (notre calcul). Zéro voudrait dire des positions identiques partout ; le maximum est 16. Les positions estimées comptent comme les autres.

Candidats Écart total (sur 16) Même position Écart de 3 points ou plus
Bruno Retailleau et Éric Zemmour 0 4 0
David Lisnard et Bruno Retailleau 1 3 0
David Lisnard et Édouard Philippe 1 3 0
Jean-Luc Mélenchon et Fabien Roussel 1 3 0
Raphaël Glucksmann et Fabien Roussel 1 3 0
Marine Le Pen et Fabien Roussel 2 3 0
Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan 2 2 0
Gabriel Attal et Édouard Philippe 3 3 1
Marine Le Pen et Éric Zemmour 9 0 2
Jean-Luc Mélenchon et Édouard Philippe 14 0 4

Sur les retraites, Marine Le Pen est plus proche de Fabien Roussel (2) et de Jean-Luc Mélenchon (3) que d’Éric Zemmour (9) : elle partage leur refus de la réforme de 2023, mais pas leur opposition, estimée, à la capitalisation. Bruno Retailleau et Éric Zemmour ont exactement les mêmes positions sur les quatre affirmations (celle d’Éric Zemmour sur l’indexation est estimée). Les plus éloignés sont Jean-Luc Mélenchon et Édouard Philippe : au moins trois points d’écart sur chacune des quatre. Raphaël Glucksmann et Fabien Roussel ne diffèrent que d’un point, mais trois de leurs positions sont estimées ; ce résultat est donc à lire avec prudence.

Les quatre affirmations du thème comptent pour l’axe économique de la boussole politique. Sur les seules retraites, Marine Le Pen (−50) et Nicolas Dupont-Aignan (−50) sont du même côté que Raphaël Glucksmann (−62,5), alors que leur position économique d’ensemble est proche du centre (−20,0 et −16,7). Édouard Philippe (+87,5) et Jean-Luc Mélenchon (−87,5) sont aux deux bouts (notre calcul, avec la formule de la boussole appliquée aux quatre affirmations).

Pour aller plus loin

Sources

Cette analyse est purement informative et ne constitue pas une consigne de vote. Notre méthode.

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